Tante Agathe avait emménagé dans cette chambre pour deux raisons. Penchée sur son ouvrage de broderie, depuis la fenêtre, elle pouvait observer les allées et venues des voisines descendant le petit chemin jusqu'au lavoir, les bras chargés de gros paniers en osier.
Mais surtout, elle veillait sur le gros noyer signalant l'entrée de la propriété, tout comme elle avait l'impression que cet arbre centenaire veillait sur elle. C'était donnant-donnant.
Le fait est que Tante Agathe aimait se régaler d'un petit verre de son vin de noix, lorsque le soir, à la veillée, avec sa copine Alida, elle décortiquait les cerneaux dans la cuisine.
A vrai dire, on ne savait jamais si elle devait la pourpre de ses joues à un abus d'elixir du vieux noyer ou à un excés de poudre de riz. Houppes, boîtes et poudriers de toutes sortes envahissaient la tablette de sa salle d'eau.